Séminaire organisé par l'EARTO, avec la participation de Davide Lombardo, expert senior et ancien chef adjoint du groupe de travail STEP à la Commission européenne, et de Maud Noyon, chef de secteur au sein de l'unité “ Compétitivité, instruments financiers et STEP ” de la Commission européenne.
Ce webinaire, qui s'est tenu le 25 juin 2026, avait pour objectif de faire le point sur l'avancement des travaux, d'apporter une aide pratique et de préparer l'avenir des financements européens. Des représentants de la Commission européenne se sont succédé à la tribune pour présenter le programme STEP (Plateforme « Technologies stratégiques pour l'Europe » ) dans son intégralité.
1. Présentation de STEP
STEP est une initiative européenne lancée en 2024 qui répond à la volonté de l'Union européenne de renforcer sa compétitivité face aux autres puissances mondiales — une ambition notamment réaffirmée dans les rapports Draghi et Letta. Elle vise à stimuler les investissements dans l'innovation et la compétitivité.
STEP n’est toutefois pas un nouveau fonds, puisqu’il regroupe et réoriente les ressources financières provenant de 11 programmes européens existants, dont 5 sont gérés directement par la Commission (Horizon Europe, EU4Health, le Fonds pour l’innovation, etc.) et 6 autres gérés indirectement, dont les ressources sont allouées par les États membres. En effet, les États membres et la Commission européenne réorientent les ressources disponibles au titre de ces 11 programmes vers des priorités stratégiques communes.
À ce jour, cela a permis de mobiliser au total plus de 29 milliards d’euros, répartis de manière presque égale entre environ 15 milliards d’euros en gestion directe et 15 milliards d’euros en gestion partagée avec les États (réaffectation des fonds de cohésion vers ces technologies stratégiques par 20 États membres). Toutefois, à ce jour, seuls 4 milliards d’euros ont effectivement été engagés dans le cadre d’appels à projets locaux. Il reste donc un budget considérable d’environ 11 milliards d’euros encore disponible.
Pour entrer dans le champ d’application de la plateforme, un projet doit soit viser à réduire les dépendances stratégiques de l’Union européenne, soit remédier aux pénuries de main-d’œuvre ou de compétences, soit développer ou fabriquer des technologies de pointe dans l’un des quatre secteurs définis : les technologies numériques et les technologies de pointe (« deep tech »), les technologies propres et économes en ressources, les biotechnologies et — ajouté plus récemment — la défense.
En vertu du règlement STEP, pour être éligible, chaque projet doit remplir trois conditions cumulatives : le type d'investissement, le secteur d'activité et la contribution stratégique. Chacune de ces conditions est soumise à des critères bien définis, détaillés dans le règlement STEP.
Pour se déployer à l'échelle européenne, STEP s'appuie sur trois outils :
- Le Portail STEP, qui regroupe toutes les possibilités de financement sur un portail unique.
- Le Joint STEP, un label de qualité qui facilite l'accès à des sources de financement alternatives.
- A réseau de soutien par l'intermédiaire des points de contact nationaux.
2. Mettre l'accent sur le label STEP
Le label STEP est attribué lors de l'évaluation des projets. À ce jour, 729 labels ont été attribués : 374 pour les technologies propres, 254 pour le numérique et 101 pour les biotechnologies. Ils permettent aux projets d'utiliser ce label comme tremplin pour accéder à d'autres financements publics ou privés, tels que les fonds du FEDER ou du FSE+.
En effet, le label STEP offre une plus grande visibilité, car les projets qui en bénéficient sont publiés sur le tableau de bord dédié depuis le portail STEP. Pour certains projets, ce label vise également à faciliter les relations avec les investisseurs privés.
Toutefois, l'attribution du label STEP présente certaines limites. Des obstacles sont en effet observés, notamment en matière d’aides d’État, car il est difficile pour les États membres de financer ces projets sans se heurter aux règles européennes de concurrence. Contrairement à l’ancien “ label d’excellence ”, le label STEP n’a pas pu bénéficier d’un traitement particulier ni d’une dérogation spécifique aux règles très strictes régissant les “ aides d’État ” en Europe. Pour pallier cette limitation, la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne propose un compromis : privilégier les aides d’État accordées à l’avance (ex ante) pour des projets impliquant collectivement plusieurs pays européens. Si une innovation est mise en œuvre simultanément par plusieurs États membres, le risque qu’un seul État riche s’accapare tous les bénéfices est considérablement réduit.
Un autre problème rencontré est le manque de financement au titre des plans de relance (RRF). La réglementation stipulait que les projets titulaires du label STEP devaient être considérés comme prioritaires par les États membres lors de l'attribution des fonds provenant de la Facilité pour la reprise et la résilience (RRF). Dans la pratique, cependant, aucun État membre n'a encore utilisé ces fonds spécifiques pour soutenir un projet labellisé STEP.
3. Quelle est la prochaine étape pour STEP ?
Dans le cadre du nouveau cadre financier pluriannuel (2028-2034), actuellement en cours d'élaboration, la Commission a proposé la création d'un Fonds européen pour la compétitivité, doté d'un budget colossal de 451 milliards d'euros. Le programme STEP prenant fin à l'issue de la période budgétaire actuelle (2027), il devrait être intégré au Fonds européen pour la compétitivité.
En ce qui concerne le label de compétitivité, la Commission souhaite regrouper les différents labels existants (label STEP, label d'excellence, etc.) sous une seule et même bannière : le label de compétitivité.Cela permettra de favoriser des synergies plus fortes entre les différents budgets et d’offrir un label unique reconnu tant par les fonds publics que par les investisseurs privés. Il convient toutefois de noter que les labels obtenus avant la fin du programme resteront valables pendant encore 3 à 4 ans après 2027 pour les demandes de financement au titre des fonds de cohésion régionaux, car ceux-ci ont un calendrier de mise en œuvre plus long.
Aujourd’hui, le programme STEP s’appuie sur 11 programmes distincts, chacun doté de ses propres règles. Dans le cadre du prochain cadre financier, ceux-ci seront régis par un ensemble unique de règles (“ One Rulebook ”), dans le but de rationaliser ce soutien grâce à des règles communes et simplifiées pour tous les candidats à un projet, rendant ainsi le système plus clair et plus efficace.
Le portail web STEP actuel constitue une première tentative de centralisation des appels d'offres gérés directement par l'UE ainsi que de ceux gérés par les régions. Pour le prochain cadre financier, la Commission souhaite aller bien plus loin en créant un “ portail unique ”, qui centralisera les informations et l'accès à l'ensemble des financements de l'Union européenne.
(Note de l’auteur : le portail “ Financements et appels d’offres ” est déjà censé centraliser toutes les opportunités. Nous espérons qu’il servira de point de départ pour le « portail unique ».)
Une réforme des fonds de cohésion gérés par les États aura également lieu dans le cadre du prochain cadre financier. Cette volonté de simplification s'appliquera également aux fonds gérés par les États membres, c'est-à-dire en gestion partagée. Les nombreux fonds régionaux et nationaux existants devraient être regroupés au sein de grands “ plans nationaux ” (NRPP). Les États membres seront alors tenus — en s'inspirant de ce qui a été initié avec le programme STEP — d'intégrer dans ces plans des objectifs stratégiques forts en matière de compétitivité et d'innovation.
Pour plus d'informations sur ce webinaire, rendez-vous sur La publication de Camille sur LinkedIn.
Auteurs : Camille MAISSE, Landry COCHARD
